L’agressivité en classe ne se réduit ni à un problème individuel, ni à une simple question d’autorité. Elle met en jeu des facteurs personnels, relationnels et pédagogiques. Chercher à la comprendre ne signifie pas l’excuser, mais se donner les moyens d’y répondre de façon ajustée [1].
Une réaction... mais pas une seule cause
L’agressivité peut être liée à une frustration, mais cette explication ne suffit pas à elle seule. Elle peut aussi relever :
– de tensions familiales ou sociales ;
– d’un sentiment d’échec ou d’incompréhension ;
– d’une difficulté à réguler ses émotions ;
– d’un besoin de reconnaissance ou de contrôle
ou d’une combinaison de plusieurs de ces facteurs.
Autrement dit, il n’y a pas une cause unique et encore moins une réponse universelle.
Le rôle du climat de classe
Lorsque plusieurs élèves adoptent des comportements agressifs ou que ces comportements visent l’enseignant, il devient nécessaire d’interroger le climat de la classe.
Sans en faire porter la responsabilité au seul professeur, certains éléments peuvent fragiliser les relations :
– des règles implicites ou fluctuantes ;
– des objectifs d’apprentissage peu lisibles ;
– un sentiment d’injustice dans les interactions ou l’évaluation ;
– une attention inégalement répartie ;
– un manque d’écoute des réactions des élèves.
Le climat de classe est toujours une construction collective, mais l’enseignant y joue un rôle structurant.
Intervenir au bon moment
Plus une tension s’installe, plus elle devient difficile à réguler. Intervenir tôt permet souvent d’éviter l’escalade.
Mettre en mots ce qui se passe peut être utile, à condition de le faire dans un cadre maîtrisé :
– décrire les faits sans juger la personne ;
– rappeler les règles de fonctionnement ;
– recentrer le groupe sur l’activité.
Il ne s’agit pas de désigner un élève à la vindicte du groupe, mais de rendre visibles les effets d’un comportement.
Ajuster les réponses
Certains comportements agressifs sont liés à un décalage entre les exigences du cours et les possibilités de l’élève.
L’ennui peut conduire à la provocation. Dans ce cas, proposer des responsabilités limitées peut redonner une place active à l’élève. La difficulté peut conduire à l’opposition. Il est alors préférable d’éviter les situations d’échec répété et de proposer des tâches accessibles, avec une valorisation ajustée. Dans les deux cas, l’enjeu est de restaurer la possibilité d’agir sans perturber le cadre collectif.
Parler avec l’élève
Un échange individuel peut permettre de sortir d’une logique d’affrontement. Ce moment suppose une écoute réelle, une reconnaissance des émotions exprimées, une mise en perspective progressive. Il ne s’agit ni de minimiser, ni de dramatiser, mais d’aider l’élève à reformuler sa situation de manière plus tenable.
Ne pas rester seul
Lorsque les comportements persistent ou mettent en danger le groupe, l’enseignant doit s’inscrire dans une réponse collective : alerter la direction, associer l’équipe éducative et/ou envisager un accompagnement spécialisé.
Certaines situations dépassent le cadre pédagogique strict.
Quelques conseils
Dans ces situations, quelques principes peuvent servir de points d’appui :
– intervenir tôt, sans précipitation ;
– distinguer l’élève de ses actes ;
– éviter toute forme d’humiliation publique ;
– maintenir des règles claires et constantes ;
– chercher à comprendre sans renoncer à exiger.
L’exclusion peut parfois être nécessaire pour protéger le groupe. Elle ne constitue cependant jamais une solution en soi, mais le signe d’un fonctionnement à repenser.
Pose-toi ces questions
Ce que tu qualifies d’« agressivité » chez un élève relève-t-il toujours de son comportement... ou parfois de ton propre seuil de tolérance ?
Dans quelle mesure certaines tensions de ta classe sont-elles produites, au moins en partie, par ton dispositif (consignes, rythme, évaluation, interactions) ?
Quand un élève perturbe, cherches-tu vraiment à comprendre ce qui se joue... ou à faire cesser au plus vite ce qui te met en difficulté ?
__________
[1] Extraits de Delhaye, O. (2024). Méthodologie de l’enseignement-apprentissage du français langue étrangère. [Matériel de cours]. Université Aristote de Thessalonique.