Bonjour à toutes et à tous,
Dans la précédente lettre, je me demandais si expliquer quelque chose revenait nécessairement à le faire apprendre.
Ce mois-ci, j’aimerais prolonger la question, avec un léger déplacement : nos dispositifs font-ils vraiment ce que nous croyons qu’ils font ?
Une activité peut être vivante, bien menée, appréciée des étudiants… et laisser fort peu de traces. Une grille d’évaluation peut paraître précise, avec ses critères, ses points et ses niveaux… sans que l’on sache très bien si deux correcteurs l’utiliseraient de la même manière. Un examen peut être très bien organisé… sans que le score obtenu dise exactement ce que nous lui faisons dire.
Ce ne sont pas des raisons pour abandonner les activités, les grilles ou les examens. Heureusement ! 😊
Ce sont simplement de bonnes raisons pour ne pas confondre un dispositif avec ses effets.
Il est facile d’évaluer les autres. Un peu moins facile de s’évaluer soi-même.
J’ai récemment remis en ligne un rapport que j’avais rédigé en 2008 sur plusieurs systèmes de certification du français.
En le relisant, j’y ai retrouvé des analyses que je maintiendrais volontiers. J’y ai aussi repéré quelques conclusions formulées avec une assurance que les données disponibles ne justifiaient pas toujours tout à fait.
Par exemple : lorsque je ne trouvais aucune information sur une procédure, j’avais parfois tendance à en déduire qu’elle n’était probablement pas appliquée. Or l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence.
Évidence ? Sans doute.
Mais cette évidence vaut aussi lorsque nous corrigeons une production, interprétons une note, construisons une grille ou commentons le travail d’un étudiant. Nous observons certaines choses. Nous en inférons d’autres. Entre les deux, il y a parfois un petit saut que nous gagnerions à rendre plus visible.
Et si apprendre n’était pas seulement « faire » ?
La même prudence me semble utile lorsque nous parlons d’apprentissage.
Un étudiant peut suivre une explication, réussir l’exercice proposé, acquiescer avec conviction… et ne plus pouvoir mobiliser ce qu’il a vu quelques jours plus tard. Il n’est pas nécessairement inattentif, paresseux ou démotivé. Peut-être la tâche était-elle trop dense. Peut-être les informations n’étaient-elles pas suffisamment organisées. Peut-être fallait-il davantage de guidage, de rappels ou de temps pour relier le nouveau à ce qui était déjà connu.
Le cognitivisme ne fournit pas une recette miracle. Il nous oblige simplement à poser de meilleures questions : que doit traiter l’apprenant ? Que pourra-t-il retrouver ensuite ? Et qu’avons-nous, nous, fait organiser ?
Je trouve ces questions assez salutaires. Elles déplacent gentiment le regard : au lieu de demander seulement pourquoi l’étudiant n’a pas appris, nous pouvons aussi nous demander comment nous avons conçu son travail.
Deux invitations à poursuivre la réflexion
Évaluer les évaluations : mea culpa d’un docimologue
Un ancien rapport, relu dix-huit ans plus tard. Non pour le corriger rétrospectivement, mais pour interroger ce qui autorise réellement un évaluateur à conclure.
Évaluer les évaluations : mea culpa d’un docimologue Lire l’article →
Théories de l’apprentissage et FLE : les deux premiers modules sont prêts
Le parcours ouvert sur learn.gallika.net avance. Les deux premiers modules, consacrés au cognitivisme et au constructivisme, sont maintenant entièrement prêts.
Ils peuvent se suivre librement, à son rythme, sans préalable théorique et sans obligation d’aller jusqu’au bout. On y part de situations, d’expériences et de questions ; les textes et les diaporamas viennent ensuite mettre quelques mots sur ce que l’on vient d’observer.
Ce parcours ouvert constitue aussi une introduction à un cours de master que j’assure à l’Université de Chypre (UCY). Le cours de master a son propre espace sur lear.gallika.net, avec ses forums, ses travaux et ses échanges. Les deux espaces se répondent, mais ne se confondent pas.
Théories de l’apprentissage et FLE Découvrir les deux premiers modules →
Et si vous préférez choisir vous-même votre prochaine lecture, vous trouverez aussi sur Gallika une liste complète et un poil ludique des parutions récentes :
Explorer les articles au hasard →
On ne sait jamais très bien sur quoi l’on va tomber. C’est aussi le principe. 🤣
À bientôt pour une prochaine lettre.
Amicalement,
Olivier
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Je vous laisse avec une question très concrète :
Vous est-il déjà arrivé de découvrir qu’une activité « qui marchait très bien » ne produisait pas vraiment les apprentissages que vous imaginiez ?
Qu’avez-vous alors changé : la consigne, le support, le guidage, l’évaluation… ou votre manière d’interpréter ce qui se passait ?
Vous pouvez m’écrire ou prolonger la conversation dans les commentaires de cette page. Je lirai vos réactions avec plaisir.